Vie municipale

Interview de Jen-Claude Lemasson : Quel avenir pour la commune ?

Le 17 janvier 2018, Edouard Philippe, le Premier ministre, a annoncé l'abandon du projet de transfert de l'aéroport de Nantes-Atlantique à Notre-Dame des Landes. Une décision qui bouleverse les projets de la commune et qui implique d'une part de revoir son aménagement, son développement et d'autre part d'agir pour défendre au mieux les intérêts des Aignanais.

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Comment avez-vous réagi à l'annonce de l'abandon du transfert de l'aéroport ?


Jean-Claude Lemasson : " J'ai été habité par un sentiment de colère, d'indignation, de trahison. Je ne comprends pas que l'intérêt général - qui allait vers une infrastructure délocalisée - n'ait pas primé. Le Président Emmanuel Macron est revenu sur sa parole ; il a reculé devant une minorité d'illégaux. Ce n'est pas ça la 5e République !

Rappelons que les collectivités locales ont accompagné l'Etat dans ce projet, que le transfert de l'aéroport a été validé par une déclaration d'utilité publique en 2008, que près de 180 décisions de justice sont allées dans ce sens ; qu'une consultation référendaire en juin 2016 a révélé que plus de 55% des électeurs y étaient favorables...

Cette décision gouvernementale bafoue l'expression démocratique. Elle est méprisante à l'égard des élus locaux, des chefs d'entreprise et de tous les Ligériens qui se sont mobilisés pour ce projet. Elle remet en cause les principes mêmes de la décentralisation.Et elle porte un coup dur au développement économique, à l'attractivité du Grand Ouest.



Aujourd'hui, dans quel état d'esprit vous trouvez-vous ?


On ne peut évidemment pas se satisfaire de cette décision, mais Il faut avancer, définir une stratégie pour notre commune. Je suis plus que jamais déterminé à protéger les riverains, à assurer la pérennité de Saint-Aignan de Grand Lieu, à négocier avec l'Etat des mesures compensatoires exemplaires pour que l'on puisse continuer à bien vivre ici demain, à protéger les rives de Grand Lieu. Mais en parallèle, je suis décidé à tout faire pour que ce projet d'aménagement de l'infrastructure et d'allongement de la piste n'aboutisse pas en m'appuyant sur tous les éléments juridiques en notre possession.



Mais si ce projet se concrétisait malgré tout, quelles seraient les conséquences pour Saint-Aignan de Grand Lieu ?


Le centre bourg se situe dans l'axe de la piste de l'aéroport. Les premières maisons se trouvent à quelques hectomètres des pistes seulement. L'entrée du bourg n'est qu'à 1,7 km. Si la piste était allongée de 1 000 m, l'entrée du bourg ne serait plus qu'à 700 m ! Impensable !

Par ailleurs, 90% de notre territoire est couvert par un Plan d'exposition au bruit (PEB) qui comprend quatre zones de A à D, du plus contraignant au moins contraignant. Aujourd'hui, le centre-bourg se situe en zone C. Avec ce projet, il passerait en zone B. En zone C, il est interdit de construire de nouveaux logements pour ne pas exposer davantage de personnes au bruit et aux nuisances. En zone B, seuls les équipements aéroportuaires sont autorisés. Sans possibilité de construire ou de réhabiliter le centre-bourg, comment maintenir sa vitalité quand par ailleurs la loi Littoral - qui vise à préserver l'environnement - nous contraint fortement dans notre développement sur le reste du territoire du fait de notre proximité avec le lac ?



Quelles actions avez-vous récemment entrepris pour défendre les intérêts des Aignanais ?


L'aéroport a franchi les 50 000 mouvements annuels en octobre 2016. A ce seuil, le droit européen stipule qu'un Plan de prévention du bruit dans l'environnement (PPBE) doit être élaboré. Un tel plan vise à prévenir et à réduire les effets du bruit sur la population. Il peut permettre l'interdiction des vols en début et en fin de nuit ; la limitation du trafic aux capacités actuelles de l'aéroport ; des aides financières à l'isolation des habitations, un droit de délaissement permettant à un propriétaire d'éxiger de l'Etat le rachat de son terrain ou de son bien immobilier. L'Etat n’a pas répondu à notre saisine du 14 novembre 2017. Aussi, nous avons déposé un recours devant le Conseil d'Etat le 18 janvier dernier à l’issue du délai administratif.


 

Quelles autres actions envisagez-vous de mener ?


Nous allons contester le projet de réaménagement de Nantes-Atlantique en nous battant pour que la loi Littoral soit strictement appliquée. Si Saint-Aignan de Grand Lieu y est soumise pourquoi l'Etat passerait outre pour agrandir l'aéroport ?

Nous allons aussi déposer un recours pour pollution des eaux du bassin versant de Grand Lieu par la plateforme aéroportuaire et exiger une mise en conformité. Les enrobés des sols sont imperméables ; les eaux de pluie contaminées par le kérosène et mal collectées. Elles s'écoulent vers le ruisseau de la Bretagnerie, vers la Groizonnerie, traversent la prairie aux orchidées et terminent dans le lac.


Qu'allez-vous négocier avec l'Etat ?


Nous souhaitons établir un contrat de plan Etat-Commune comme il existe des contrats de plan Etat-Région. C'est à l'Etat de réparer les préjudices qu'il porte à Saint-Aignan de Grand Lieu. Nous serons intransigeants quant aux solutions réparatrices proposées notamment concernant la relocalisation des équipements socio-éducatifs (écoles, Maison de l'enfance...) et la relocalisation du centre bourg afin d'assurer aux prochaines générations un cadre de vie digne de ce nom.”

 

 

 

 

 

Conseil municipal extraordinaire : définition d'une stratégie communale

Compte tenu de l'actualité, un conseil municipal extraordinaire s'est tenu le 5 février.

Un juriste de renom va être engagé pour appuyer la commune dans la défense des intérêts des Aignanais. Objectif : intervenir auprès des tribunaux et organismes divers pour faire valoir leurs droits. Les ménages potentiellement concernés par l'allongement de la piste vont être identifiés pour les accompagner dans leurs démarches.

Une autre localisation est à l'étude pour le futur Espace Jeunes, au-delà des trajectoires aériennes, afin de préserver les adolescents des nuisances sonores. La poursuite de la modernisation du groupe scolaire Jules d'Herbauges est suspendue pour le même motif.

Plus aucune autorisation de construction de logement n'est accordée en zone C dans l'attente des nouvelles cartographies du PEB.

La réhabilitation du presbytère et de son parc est maintenue.

Registre

A l'accueil de la mairie, un registre est à la disposition de la population pour recueillir réflexions, suggestions, avis sur l'avenir de la commune.